u/TheDarian

Je me noie

Ca fait des semaines que ça me trotte d’écrire ici. J’imagine comme beaucoup avant moi, je me suis dit que c’était un peu ridicule. Qu’il y avait pire. Que c’était pas rationnel. Et puis j’ai honte aussi, pas de demander de l’aide, mais que j’en sois là alors que je suis privilégié. Que je fasse des trucs stupides, qui n’aide pas, mais je le fais quand même. Et que j’oscille entre « la seule chose que je veux c’est de l’attention » et « c’est révélateur aussi ».

 

J’ai l’impression de me noyer. J’étouffe, j’ai mal au ventre, j’ai ce sentiment que quelque chose, là, incessamment sous peu, va mal se passer. J’ai déjà vu une psychologue (plusieurs même, tout au long de ma vie), mais tout tournait autour du travail. Et oui, c’est ce qui m’enferme le plus actuellement. Mais c’est tellement plus aussi. J’essayais d’évoquer d’autres choses (l’alcoolisme de mon père, une grosse source d’angoisse pour moi), et c’était balayé bien vite. Je vis dans un coin avec beaucoup de psychanalystes, et j’en ai assez de devoir pleurnicher pour un truc plus scientifique. J’ai essayé de m’ouvrir à mon médecin, soit par rapport à des situations compliquées au boulot (« vous n’avez qu’à en changer »), soit par rapport à mon mal-être en général (là il m’a sous-entendu que j’en faisais des caisses pour des trucs que tout le monde vivait. Et… Peut-être ?).

 

Je me sens seul. Et c’est injuste pour mes proches. J’adore ma femme, et elle me le rend bien ; mais elle déteste le contact physique (et c’est son droit le plus strict). J’ai des amis avec qui je partage des bons moments, mais tous ont leurs propres emmerdes et j’ai aucune envie de tirer la couverture à moi et leur en rajouter une couche. D’ailleurs ma femme galère elle aussi bien avec sa famille, entre problèmes de santés psy et problèmes financiers, c’est pas la joie non plus.

 

Et le boulot. Boy j’ai pas envie d’en parler. J’y arrive plus, je me sens nul, mes collègues me prennent sans doute soit pour un boulet, soit pour un gamin. Je m’occupe des plannings, et en soit j’aime bien, mais j’ai tout le temps des retours dès que je les publie. Soit des erreurs de leur part, des oublis de telle réunion, telle obligation ; soit de ma part, une journée déséquilibrée, un oubli de mettre une pause de deux heures une fois par semaine. Dans les deux cas on recommence. C’est la vie mais je redoute les mails qui suivent la mise en ligne. Et tout le reste, les micro missions qui s’accumulent, les injonctions contradictoires, les usager·es malpoli·es… J’arrive pas à faire entendre ma voix. Mes collègues ont (j’ai l’impression), plus de facilité à obtenir gain de cause parfois. Mais j’ai pas leur tempérament. Je n’arrive plus à pleurer depuis un traitement médicamenteux il y a des années. Et mon médecin ne m’aide pas, j’aurais bien voulu souffler, un temps, avec un temps partiel. Mais pas le droit sans avis médical. J’ai l’impression d’aller dans le mur.

 

Mes collègues se barrent en plus. Tous les gens qui me font garder un peu de motivation, qui font que mes idées de me jeter sous une voiture ne restent que des idées… Soit précaires, soit sur le départ. Et comme pour certains c’est subis, qu’ils resteraient encore bien là, je ne peux même pas me réjouir que c’est mieux pour eux. J’arrive plus à garder la face face aux client·es. Je me sens plus nerveux, plus facilement agacé. Les mômes ont rien demandé et j’ai envie de les frapper.

 

Tout ça ça reste des idées. Je pense pas être suicidaire, mais le geste reste toujours dans ma tête quand même. Comme une porte qui ne se ferme jamais. Ou au moins un moyen d’être physiquement tranquille quelques temps. J’ai trop peur du définitif, c’est au moins ça pour moi et pour ma santé.

 

Et je sais que j’ai tendance à m’enfoncer dans une spirale rapidement. Psychologique ou terrain, je ne sais pas vu l’état de mon père. Mais j’ai arrêté d’avoir de l’alcool à la maison il y a longtemps. Malheureusement pour moi j’ai trouvé d’autres choses qui « m’aident ». Je sais que ça ne marche pas, mais ça reste un appui. Ca va et ça vient. J’ai eu mes premières « crises » d’automutilation il y a plus de dix ans. J’ai eu des années tranquilles, mais depuis l’ouverture de mon nouveau taf et le changement de rythme, je replonge régulièrement. L’annonce du départ de ma cheffe a eu un effet radical.

 

Je ne sais pas ce que je cherche. Évidemment je sais que je trouver un nouveau médecin, plus à l’écoute. Que je devrais chercher un nouveau taf (ça fait plus d’un an que je postule dans le vide, mais là je n’arrive même plus à avoir l’énergie de le faire). J’ai rendez-vous avec une psychiatre qui m’a été conseillée, pour éviter le bullshit. Mais c’est en janvier. Peut-être que j’avais juste besoin d’écrire tout ça. Désolé. Et merci, sans doute, d’avoir lu jusqu’au bout.

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u/TheDarian — 1 day ago