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Mali : « le "tout militaire" a montré ses limites », selon Mamadou Ismaïla Konaté
f24.myDurcissement du blocus jihadiste sur Bamako
À Bamako, le blocus instauré par le Jnim se durcit. Plusieurs dizaines de camions de marchandises ont été incendiés mercredi sur les axes reliant la capitale à la Guinée, au Sénégal, à la Mauritanie et à la Côte d'ivoire, précisément dans les zones de Gogui, Diema, Kenioroba et Bougouni.
Africa Corps, qui a succédé à Wagner en 2025 sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense, maintenait environ 400 personnels dans la région de Kidal lorsque l'offensive du FLA a débuté.
Au lieu d'opposer une défense sérieuse pour une ville dont la reconquête avait coûté un capital colossal, Africa Corps a négocié un retrait. Des images vidéo ont montré leur convoi, comprenant des blindés de transport de troupes et ce que des chercheurs en sources ouvertes ont identifié comme un système de lance-roquettes Grad, quittant Kidal sous la surveillance du FLA. Ils ont laissé derrière eux une station de drones, des véhicules blindés et un précédent dévastateur.
« Africa Corps a réellement perdu sa crédibilité. Ils n'ont pas combattu samedi et ont quitté Kidal, qui est un bastion touareg hautement symbolique. »
https://novarapress.net/mali-april-2026-attacks-jnim-fla-sahel-crisis/
Et le devenir des soldats réguliers maliens ?
Selon les rapports de terrain et les sources ouvertes (OSINT) de fin avril 2026, les forces armées maliennes ont subi une déroute institutionnelle.
- Le retrait escorté : Les témoignages confirment que le gros des troupes maliennes a évacué la ville en même temps que les instructeurs russes. Ce repli ne s'est pas fait sous le feu nourri, mais à la suite d'un accord de "sortie sécurisée" négocié avec le FLA (Front de Libération de l'Azawad).
- Les FAMa ont été littéralement escortées hors de la ville par les rebelles touaregs, une situation humiliante pour une armée qui présentait Kidal comme le trophée de sa souveraineté retrouvée.
- L'abandon du matériel : Comme pour Africa Corps, les FAMa ont laissé derrière elles des stocks de munitions, des véhicules de transport et des équipements lourds
Pour des terroristes, il sont plutôt gentils les FLA qu'en pensez vous ?
>Vendredi, les groupes armés se sont emparés du stratégique camp de Tessalit, situé près de la frontière avec l’Algérie. L’armée malienne et ses alliés russes « ont abandonné leurs positions de Tessalit ce vendredi matin », a déclaré à l’AFP un élu local. Selon une source sécuritaire à l’AFP, ces derniers avaient déjà évacué le camp avant l’arrivée des groupes armés : « Aucun combat n’a eu lieu ». Un responsable des rebelles a parlé d’une « reddition ».
Du matériel récupéré ?
>Tessalit représente un camp stratégique de par sa position géographique, en plus de compter une grande piste d’atterrissage capable d’accueillir des hélicoptères et de gros avions militaires. Le camp accueillait également un nombre significatif de militaires maliens et de leurs alliés russes ainsi que du matériel militaire.
le groupe jihadiste du JNIM met à exécution sa menace de placer Bamako sous blocus
Au sommet du fort de Kidal, bastion rebelle de l’extrême nord du Mali, le drapeau indépendantiste a été planté, dimanche 26 avril. Les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) signent ainsi leur revanche : en novembre 2023, les mercenaires russes du groupe paramilitaire Wagner avaient eux-mêmes fièrement hissé, en haut de ce fort, au côté du drapeau malien, leur étendard représentant une tête de mort blanche sur fond noir. Le moment avait alors été loué par la junte au pouvoir comme le symbole de la reconquête de sa souveraineté, obtenu grâce au partenariat militaire gagnant-gagnant avec la Russie
Dimanche, au lendemain d’attaques coordonnées lancées contre le régime militaire par les indépendantistes du Nord, rassemblés au sein du FLA et alliés aux djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida), une tout autre face du partenariat russo-malien, noué après l’éviction des forces françaises et onusiennes du pays entre 2022 et 2023, s’est fait jour.
La junte a ainsi vu son plus fidèle allié lui tourner le dos. En cours de négociations entre l’Africa Corps et les assaillants, le sort du reste du contingent russe – 2 500 hommes répartis sur une vingtaine de bases – restait flou, lundi soir. Si le calme semble être revenu à Kati, ville-garnison située à une quinzaine de kilomètres de Bamako, les combats intenses des derniers jours ont plongé le pays dans l’incertitude. Et Kidal est bel et bien tombé aux mains des rebelles.
Dès samedi, dans son premier communiqué, publié à la suite des attaques sans précédent menées contre plusieurs villes maliennes, le GSIM avait fait un geste en direction de l’Africa Corps, affirmant vouloir « neutraliser la partie russe du conflit contre la garantie qu’elle ne sera pas prise pour cible et une coordination en vue d’une relation future équilibrée et efficace ».
Le FLA a annoncé sur le réseau X la conclusion d’un « accord entre les forces azawadiennes et des éléments de l’Africa Corps en vue d’en garantir le retrait sécurisé » de Kidal. Au moins 400 d’entre eux ont été évacués dimanche, sous escorte du FLA vers Tessalit, à environ 300 kilomètres au nord, selon un cadre du FLA joint par Le Monde. Ils devront ensuite quitter le pays par leurs propres moyens, a précisé la même source. Sur les réseaux sociaux, des dizaines de vidéos ont circulé, montrant l’évacuation des hommes de l’Africa Corps, nouvelle organisation paramilitaire russe au Mali, créée en 2023 après la dissolution du Groupe Wagner, sous escorte de combattants du FLA. Les militaires maliens, eux, n’ont pas eu cette chance et sont restés prisonniers à Kidal.
Cette déclaration, inédite de la part de ce groupe djihadiste vis-à-vis d’un acteur international, souligne sa volonté de se « légitimer », selon Adam Sandor, chercheur à l’université de Bayreuth (Allemagne) : « Depuis un ou deux ans, le GSIM a changé sa posture originelle qui consistait à prendre systématiquement pour cible les acteurs internationaux et à kidnapper des otages occidentaux. La main tendue du groupe à la Russie illustre ce changement. Le GSIM tente d’être perçu comme un acteur légitime et pragmatique, avec lequel il est possible de dialoguer. »
Appui aérien, terrestre et sanitaire de la Russie
Faut-il voir la libération de deux otages du GSIM, un Russe et un Ukrainien, annoncée par Moscou, le 22 avril, comme une première marque d’ouverture de la part du groupe djihadiste ? La Russie a soutenu que la libération de ces géologues, kidnappés en juillet 2024 au Niger voisin, était le fruit d’une « opération spéciale » de l’Africa Corps. Une version mise en doute par plusieurs analystes. Selon Attaye Ag Mohamed, un haut cadre du FLA, convaincre le GSIM d’épargner l’Africa Corps a en tout cas été un « travail de fond difficile » à mener.
Moscou ne s’est pas exprimé sur ce traitement particulier, préférant condamner, dans la nuit de samedi à dimanche, les offensives « terroristes », une « menace directe de la stabilité de l’Etat malien, ami de la Russie ». L*’*Africa Corps a reconnu pour sa part, lundi, sur son compte X, que ses unités qui « se trouvaient et combattaient à Kidal ont quitté la localité ».
Depuis le début de l’offensive, samedi matin, le compte officiel de l’organisation paramilitaire a posté des dizaines de vidéos montrant l’appui aérien, terrestre et sanitaire fourni par la Russie à l’armée malienne. Mais il n’a pas permis à la junte de garder l’avantage. Elle a reconnu la perte de Kidal, dimanche soir, en direct, à la télévision nationale. De nombreux soldats maliens et russes restaient retranchés au sein de bases militaires, lundi, dans le nord et dans le centre du pays, encerclés par des membres du GSIM et du FLA, selon plusieurs sources sécuritaires.
Samedi, un hélicoptère de combat russe engagé aux côtés des forces armées maliennes (FAMa) a en outre été abattu par le GSIM et le FLA au-dessus de Wabaria, dans la région de Gao (Nord-Est). Si, depuis le début de l’offensive, les pertes tant côté russe que malien restent inconnues, le contingent de l’Africa Corps au Mali a gardé un « traumatisme de l’assaut lancé contre Wagner à Tin Zaouatine », fin juillet 2024, relève Lou Osborn, enquêtrice au sein du collectif Impact-All Eyes on Wagner. Lors de cette bataille, au moins 84 mercenaires du Groupe Wagner et 47 soldats maliens avaient été tués par les mêmes rebelles du FLA, qui s’étaient déjà alliés de façon circonstancielle au GSIM.
Face à ces deux ennemis qui, depuis, sont montés en puissance et se sont unis, les Russes sont aujourd’hui, selon la chercheuse, prêts à négocier pour « éviter de subir la même humiliation. Leur départ de Kidal montre qu’ils ne sont plus prêts à mourir pour la junte ». Celui-ci souligne aussi la faiblesse d’un dispositif militaire pourtant considérablement renforcé en 2025. Véhicules blindés, canons de 152 mm, équipements de brouillage, ainsi qu’un bombardier tactique Soukhoï 24, avaient été acheminés dans le pays, d’après un rapport détaillé publié, en avril, par The Sentry, un site d’enquête en ligne.
Le numéro deux du régime tué
Cela n’a visiblement pas suffi à protéger la junte, encore moins le général putschiste dont ils étaient le plus proches : Sadio Camara. Cheville ouvrière de l’expansion russe dans le pays, le numéro deux du régime a été tué dans une attaque au véhicule kamikaze, lancée contre sa résidence, samedi matin, à Kati, quartier général de la junte.
Sadio Camara était réputé réticent au remplacement du contingent du Groupe Wagner par l’Africa Corps, cornaqué par le ministère de la défense russe. Souhaité par Moscou au lendemain de la mort du patron des paramilitaires russes, Evgueni Prigojine, en août 2023, ce remplacement ne s’est réalisé au Mali que deux ans plus tard, en juin 2025, au grand dam du général Camara qui pensait que la junte allait perdre au change avec cette présence russe officialisée, disposant d’un mandat moins offensif, selon plusieurs sources concordantes.
Interrogé par The Sentry, un représentant des FAMa a expliqué les faiblesses opérationnelles de l’Africa Corps : « Au lieu de bouger dès qu’il y a un mouvement des groupes djihadistes, ses combattants ont besoin d’un “feu vert” directement venu d’Ivanov [Alexandre Ivanov, responsable local de l’Africa Corps], et pas seulement de leur chef à la base (…) en raison de la nouvelle structure hiérarchique du groupe. »
Au Niger, où entre 150 et 200 éléments russes sont déployés, comme au Burkina Faso voisin, l’Africa Corps a ainsi mis plus de deux heures à intervenir pour contrer les attaques perpétrées, en janvier, par l’organisation Etat islamique contre l’aéroport international de Niamey, selon The Sentry. Celles orchestrées samedi contre la junte au Mali sont un nouveau camouflet pour la Russie. Si Moscou ne parvient pas à sauver son allié, parrain d’une Alliance des Etats du Sahel regroupant trois régimes putschistes partenaires (Niger, Mali et Burkina Faso), le projet expansionniste russe au Sahel risque de s’effilocher
Selon cet officiel, « les Russes nous ont trahis à Kidal ». D'après lui, le gouverneur de la région a prévenu les mercenaires russes « trois jours avant l'attaque, et ils n'ont rien fait ». En réalité, ils avaient déjà négocié leur départ. Les Russes ont quitté Kidal, mais dans d'autres localités du nord, ils seraient également sur le départ. Ce qui fragiliserait encore davantage les troupes régulières.
comme l'a expliqué à Houda Ibrahim de RFI, Akram al Kharif, chercheur et journaliste spécialisé en défense et sécurité.
« Il n’y a rien d'officiel, mais c'est tout à fait envisageable que dans cette volonté de chercher des solutions pacifiques, il y a eu peut-être une intermédiation algérienne entre les Russes et le Front de libération l'Azawad pour permettre un retrait en bon ordre des éléments de l'Africa corps. Il y a des canaux de communications, les relations entre Alger et la Russie sont bonnes. C'est tout à fait envisageable même si ça n'a pas été clairement indiqué d'aucun côté ».
Selon Akram Khraif, la balle est maintenant du côté de la junte militaire au Mali pour un retour à l'accord d'Alger.
>D’autres alliés de la junte malienne se faisaient aussi discrets que Moscou, dimanche soir. Les militaires au pouvoir au Burkina Faso et au Niger, théoriquement liés à leurs homologues maliens par des accords de défense mutuels dans le cadre de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), n’avaient pas apporté de soutien explicite à Bamako.
>Les plus claires condamnations de l’offensive des djihadistes contre la junte sont venues des adversaires de celle-ci sur le plan géopolitique. Dans un communiqué publié samedi, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres a appelé à un « soutien international coordonné pour faire face à la menace évolutive de l’extrémisme violent et du terrorisme au Sahel et pour répondre aux besoins humanitaires urgents ».
>La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a pour sa part appelé, dans un communiqué publié dimanche, « tous les Etats, les forces de sécurité, les mécanismes régionaux et les populations de l’Afrique de l’Ouest à s’unir et à se mobiliser dans un effort coordonné pour lutter contre ce fléau ».
L'évolution la plus intéressante et celle du positionnement de l'opposition politique à la junte
>L’opposition politique à la junte à Bamako, muselée ces dernières années – certains cadres ont été emprisonnés, d’autres poussés à l’exil –, semble pour partie voir dans cette offensive du GSIM l’opportunité de se débarrasser du régime militaire. Dans un communiqué publié dimanche, la Coalition des forces pour la République (CPR), mouvement créé fin 2025 et qui rassemble une partie de l’opposition, a appelé à la « démission de la junte militaire » et à « l’ouverture immédiate d’une transition républicaine et inclusive ».
>Conduite par l’influent imam Mahmoud Dicko, réfugié en Algérie voisine, cette coalition, qui s’était fait le chantre de l’ouverture d’un dialogue national avec l’ensemble des groupes armés maliens, pourrait-elle faire converger ses intérêts avec ceux du GSIM et du FLA ? Selon Attaye Ag Mohamed, des contacts ont été établis entre ces groupes avec comme objectif de « faire chuter le pouvoir militaire et de participer à la création d’une alternative politique. »
L'offensive coordonnée du 25 avril ne se résume pas à une conquête territoriale. La proposition de pacte de non-agression adressée par les insurgés (JNIM et FLA) à la Russie redéfinit brutalement les enjeux du conflit.
En offrant de sanctuariser les intérêts russes en échange d'un retrait des combats, les rebelles tentent de briser l'Alliance des États du Sahel (AES) par son maillon le plus pragmatique : les mercenaires d'Africa Corps.
Pour Moscou, le dilemme est stratégique. Après avoir perdu ses bases exclusives en Syrie, le Kremlin doit arbitrer entre la survie d'une junte malienne aux abois et la préservation de ses intérêts logistiques par un compromis avec ceux qui apparaissent (comme en Syrie) les futurs maîtres du pays.
Pour l'instant, on peut pas dire que les Russes aient lâché la junte
Mais
- La Russie peut-elle se permettre de refuser durablement une neutralité qui protégerait ses mines et ses hubs logistiques contre un enlisement militaire ?
- L'offre des insurgés n'est-elle pas la preuve que la junte est désormais un acteur contournable ?
- Quel avenir pour la crédibilité de l'AES si le protecteur russe finit par négocier sa sécurité directement avec ceux qu'il est censé combattre ?
Dans son communiqué de samedi, le GSIM a en tout cas tendu la main au principal partenaire des militaires bamakois, la Russie, en proposant « la non-prise de cible de cette dernière » et « une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace ».