u/Ok-Table9545

Introduction : Pour vous, c’est quoi, un bon Homme ? Je ne sais pas, mais ce n’est pas vraiment le sujet. Ce que je voudrais savoir, c’est s’il y a une croyance dite efficiente, en tout temps et lieu, qui ferait de vous un meilleur être humain.

Thèse : croire que vous êtes un bon Homme, par essence, ça  vous permet d’être meilleur dans votre job. Parce que vous le croyez, vous allez vous faire plus confiance, et donc les autres le verront par vos gestes et actes et vous feront plus confiance. Cela vous donnera de l’audace, du courage. Cela vous permettra d’aller chercher le meilleur depuis le sentier où vous vous êtes déjà engagé.

Antithèse : D’accord, mais croire que vous êtes un bon Homme par essence, cela va vous pousser à rationnaliser vos propres erreurs comme la faute d’autres que vous plutôt que sur vos propres actions. C’est en soit une posture irrationnelle, puisque vous n’êtes pas les autres. Vous ne pouvez pas agir sur leurs propres actions, seulement sur les vôtres. Il est aussi donc utile de pouvoir se dire le plus mauvais des Hommes, ou rebrousser chemin vers le début de votre chemin pour devenir le meilleur des Hommes. En faisant ce travail sur vous, vous ne saurez pas si vous avez échoué parce que « les autres », mais vous aurez essayé.

Synthèse : D’accord, on est un meilleur Homme si l’on est capable de croire que l’on est le meilleur Homme au monde. On est aussi un meilleur Homme si on est capable de croire que l’on est le pire Homme au monde. C’est absurde, on ne peut pas être à la fois le meilleur et le pire. Et à cela, je répondrais : vous faites fausse route, parce que l’objectif n’était pas de choisir la croyance la plus vraie, la plus « juste », mais bien la plus efficace. Et si on raisonne ainsi, la croyance la plus efficace est une absurdité : je suis plus efficace comme Homme si je crois que je peux croire que je suis le meilleur des Hommes quand j’ai besoin d’avancer, et le pire des Hommes quand j’ai besoin de reculer. Et cette synthèse est en elle-même une méta croyance : une croyance sur l’efficacité de la croyance à modifier mon propre comportement.

La suite est donc parfaitement cohérente en interne : si cette méta-croyance est la plus efficiente des croyances, alors non seulement il vaudra toujours mieux l’avoir, mais aussi la partager ?

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u/Ok-Table9545 — 14 days ago

Il y a un concept qui m'a retourné le cerveau.

Il vient d'un biologiste allemand du début du XXe siècle, Jakob von Uexküll.

Il a forgé le mot Umwelt : le "monde propre" d'une espèce, l'univers mental pertinent que ses sens lui découpent dans le réel.

Prenez la tique. Son monde, c'est trois signaux :

  1. L'odeur de l'acide butyrique (la sueur des mammifères)
  2. Le contact d'une peau sans poil
  3. La chaleur du sang

Pas d'arbres. Pas de ciel. Pas de musique. Trois signaux, c'est tout.

Et pour la tique, c'est un monde complet.

Nous, les humains, avons aussi un Umwelt

On n'entend pas les ultrasons. On ne voit pas les infrarouges. On ne sent pas le champ magnétique terrestre.

Mais il y a plus grave : notre Umwelt n'est pas seulement biologique.

Je propose de le diviser en deux couches — mais ces deux couches sont un seul et même phénomène, que l'évolution a déployé en strates.

1) L'Umwelt opérationnel : le socle biologique. Nos sens, notre câblage neuronal, nos instincts. Ce que tout humain normalement constitué partage. C'est le corps qui filtre le réel avant même qu'on commence à penser.

2) L'Umwelt subjectifié : la surcouche culturelle, biographique, linguistique. Votre histoire personnelle, la langue que vous parlez, les livres que vous avez lus, les traumas que vous portez.

Et voici le point central que je dois marteler :

Ces deux couches ne sont pas deux choses différentes. Elles sont un seul processus.

L'Umwelt subjectifié n'est pas un ajout mystérieux tombé du ciel. Il a émergé depuis l'Umwelt opérationnel, par la pression évolutive, parce qu'une espèce capable de transmettre des informations acquises (culture, langage, récits) survit mieux qu'une espèce qui ne compte que sur l'instinct.

L'évolution a trouvé un levier : au lieu de tout coder en dur dans les gènes, elle a codé en dur la capacité à créer du mou. Du logiciel. De l'apprentissage. Et ce "mou" est devenu l'Umwelt subjectifié — une couche qui tourne toujours sur le même matériel biologique, mais qui peut se reconfigurer massivement.

La preuve par l'histoire : l'Antiquité tardive

Prenons un exemple pour rendre ça concret.

Imaginez un Romain du IVe siècle, éduqué, païen, qui regarde le monde.

Son Umwelt opérationnel est identique au vôtre : mêmes yeux, mêmes oreilles, même cortex.

Mais son Umwelt subjectifié est radicalement autre.

  • Il croit que la matière est traversée par des principes divins, des numina.
  • Il croit que la prospérité de Rome dépend de la bonne exécution des rites.
  • Il croit que la Nature parle, que les prodiges (un orage anormal, une naissance monstrueuse) sont des messages.

Lorsque l'Empire vacille, que les Goths pillent Rome en 410, il ne voit pas une crise socio-économique complexe. Il voit l'abandon des dieux, l'effondrement cosmique, l'ordre du monde qui se défait.

Sa réalité lui est livrée par ses sens. Il se sent en train de percevoir le réel lui-même.

Pourtant, son Umwelt subjectifié a entièrement charpenté la manière dont les données brutes de ses sens sont interprétées.

Ce qu'il voit, ce n'est pas le monde. C'est le monde pour un Romain païen du IVe siècle.

Maintenant, prenez un chrétien de la même époque, converti depuis peu. Mêmes sens. Mêmes rues. Même chute de Rome.

Mais son Umwelt subjectifié lui fait voir autre chose : la punition des péchés, l'Apocalypse imminente, la Cité de Dieu d'Augustin qui se construit invisiblement derrière la cité terrestre en ruines.

Deux hommes. Même réalité physique. Deux mondes complets, étanches.

Pourquoi c'est vertigineux

C'est là que ça bascule.

Si l'Umwelt n'est qu'Un — un processus évolutif unique qui se décline de la biologie à la culture — alors tout ce que nous appelons "réalité" est une interface, pas un fondement.

Nos croyances ne sont pas des "opinions" posées sur un réel stable.
Nos croyances participent à construire le réel auquel nous avons accès.

  • Le Romain païen vivait dans un monde habité par des dieux. Ce monde était réel pour lui, au sens le plus fort du terme. Ses décisions, ses peurs, sa politique, ses guerres étaient des réponses à ce monde.
  • Le chrétien augustinien vivait dans un monde orienté vers le Jugement dernier.
  • Nous, modernes, vivons dans un monde fait de lois physiques, de quarks, de neurotransmetteurs, de PIB et de droits de l'homme.

Aucun de ces mondes n'est "le" monde.
Tous sont des mondes, sécrétés par la combinaison d'un Umwelt opérationnel stable et d'un Umwelt subjectifié historiquement configuré.

Le vide est là, sous nos pieds.
Il n'a pas attendu qu'on le nomme.
Il est la condition de base, depuis toujours.
Le nihilisme n'est pas une doctrine — c'est une réaction de panique devant ce vide, une nausée, un refus.

Pourquoi ce n'est pas une condamnation

J'ai eu cette intuition il y a quelques semaines.

Et j'ai eu le vertige.

Mais j'ai compris une chose.

Si nos Umwelt sont construits — alors ils peuvent être reconstruits.

Si nos croyances participent à forger le réel que nous habitons — alors changer nos croyances, c'est changer le monde.

C'est la porte ouverte à ce que j'appelle une ingénierie ontologique : la conception rigoureuse, systématique, d'objets abstraits capables de structurer nos Umwelt subjectifiés vers des buts choisis.

  • "La paix dans le monde" n'est pas un vœu pieux. C'est un objet abstrait dont on peut lister les propriétés nécessaires à sa réalisation, et travailler à les instancier.
  • "La justice", "la liberté", "le progrès" sont des construits que nous pouvons réviser, améliorer, refondre — si nous acceptons d'en prendre la responsabilité.

Le vide n'est pas un trou à combler.
C'est une trame à tisser.

Le vide sera forme.

Question pour vous :

Pouvons-nous collectivement devenir les architectes conscients de nos Umwelt — ou est-ce que l'extension de nos Umwelt (par la science, la technique) nous condamne à toucher toujours un réel plus vaste, sans jamais pouvoir le penser sans biais ?

Si vous avez lu, n'hésitez pas à me contacter de quelque manière que ce soit : je pense que ce qui est écrit ici a un intérêt véritable, en science comme en philosophie, et mérite d'être exploré

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u/Ok-Table9545 — 14 days ago