Ancien chef de service socio éducatif dans un hopital du sud est et contractuel, je vous livre ici quelques constats qui m'ont amené à penser ça :
- les infirmeries n'étant pas climatisée, il y fait très chaud l'été. Certains médocs ont besoin d'être stockés à certaines températures, pour être bien conservés. Vous demandez s'il est possible d'installer une clim, on vous répond non désolé, pas d'argent. 1 semaine plus tard, vous voyez des agents techniques installer une clim dans un bureau vide. Là, on vous explique que c'est le bureau de consultation du nouveau médecin qui prend son poste lundi. (Un médecin à l'hosto passe les 3/4 de sa journée au chevet des malades, il n'est dans son bureau que pour l'administratif, et ils disent eux mêmes qu'ils n'ont pas le temps pour ça)
- le matériel consommable est acheté par l'intermédiaire de contrales d'achat, censées faire des économies par des achats en gros. les prix sont souvent exorbitants, même pour du matériel médical pourtant indispensable, ou du matériel pour personnes en situation de handicap (ex : fauteuil roulant, vous savez combien c'est facturé aux hosto ? vous pouvez vous acheter une petite bagnole d'occaz pour le prix)
-absence de contrôle des dépenses de la médecine libérale : des médecins libéraux interviennent au sein de l'hopital pour des consultations. Ils s'enferment avec une aide soignante et toutes les carte vitales des patients, et refont toutes les ordonnances sans voir les personnes (mais en facturant une consultation pour chaque patient). des kinés / infirmiers interviennent en libéral alors qu'on a déjà du personnel qualifié pour ça (mais les titulaires expliquent qu'ils ont pas le temps de voir tout le monde)
- politique RH : j'ai vu des agents en pleine forme au mois de juin le lundi, rigoler à la pause avec les collègues etc. et le mardi m'appeler pour me dire qu'ils sont en arret, revenir en octobre (!) et me dire au 1er jour de leur reprise : j'ai pleins de congés à poser du coup, comment on fait ? pendant ce temps, les RH, plutot que de demander un controle de l'arret, paient l'intérim (environ 40 000 euros par mois là ou j'étais). Pour rappel, c'est le même argent public qui paie les indemnités de la personne absente et l'intérim pour la remplacer.
En astreinte, j'ai constaté qu'un agent de nuit dormait pendant ses heures de travail. réponse du DRH : "j'ai d'autres priorités". Effectivement, il devait gérer plusieurs cas de harcellement entre professionnels, 2 médecins qui s'étaient battus, un infirmier qui fumait des joins pendant sa pause, etc. Tout ce beau petit monde, étant titulaire, ne risque pas grand chose à part un changement de service.
j'arrête là sinon ça va finir en pavé, mais j'aurai de quoi faire des pages de constats.
tous les hôpitaux ne sont pas à mettre dans le même panier, mais certains principes de fonctionnement se retrouvent à peu près partout.
et faut pas oublier que pour chaque agent qui ne fait pas son taf, d'autres vont le faire à sa place parce que le boulot doit être fait malgré tout. Ceux là souffrent vraiment, mais au lieu de râler, ils se cassent dans le privé.
EDIT pour préciser 2 trucs :
- je fais partie des gens qui pensent qu'un service de santé publique est une chance et une richesse. c'est justement pour ça que le gaspillage m'est insupportable, de même que les abus ou les fraudes
- sur la qualité du travail et les moyens financiers : les établissements sont évalués tous les 4 ans par des organismes externes. il y a dans le cas des services ou j'ai bossé 18 critères impératifs (la base de la base du boulot). 15 étaient non respectés. j'ai fait le même boulot dans une association privée, ou les moyens sont moindres que dans le public (le privé est en gros un sous traitant agissant en qualité de délégation de service public), pourtant les résultats d'évaluation étaient bien meilleurs. Pas parfaits, mais bien meilleurs oui.
EDIT 2 pour ceux qui pensent que c'est pas si impopulaire que ça
89 % des Français se disent en colère face au manque de moyens alloués à l'hôpital public et aux conditions de travail du personnel soignant (sondage IPSOS de 2025)