u/Bright_Abalone_5507

Bouteille à la mer...

Bouteille à la mer...

"Il est compliqué de résumer la vie d'une personne en quelques lignes. L'histoire est complexe et douloureuse. J'ai tellement envie de la rejoindre. Et tellement peur de publier ce texte. Je me dis que cela soulagera de partager ma peine à de parfaits inconnus. Peut-être est-ce stupide? Cela fait 4 jours que j'hésite à cliquer sur publier. Comme un saut dans le vide. "

Nous avions la trentaine. Ma compagne vient de décéder fin avril. Avant de vous expliquer de quoi elle est partie, sachez juste pour le moment qu'il s'agit d'un mal qui l'a rongé durant toute sa vie.

« Mal-être »

Mon principal problème, je crois, c'est la solitude. Solitude d'arpenter les murs, les pièces dans laquelle on a vécu. Je la revois en train de s'atteler à son métier de gardienne d'enfant à domicile, en train de dessiner, en train de cuisiner, en train de dormir pour se reposer un peu, en train de jouer avec notre fils de bientôt 5 ans, de regarder ses séries, de discuter avec la terre entière sur son téléphone.

La culpabilité de ne pas avoir pu l'aider, d'avoir été absent, pris dans mes addictions aux jeux-vidéo, d'avoir été pris dans notre routine, pris dans nos difficultés. J'ai l'impression de l'avoir étouffée. Culpabilité aussi de lui avoir fait confiance. Partir à 33 ans d'une maladie est rarement quelque chose de soudain.

La rage du système de santé belge qui n'a pas accepté de la sauver et ce malgré sa volonté de vivre.

Comment résumer tout cela en quelque ligne, c'est impossible.

Le mal-être en est à un stade qu'il me ronge. J'ai envie de mourir. Faire garder mon fils et partir. Je prie pour mourir. L'espoir de la revoir est une motivation, l'envie d'arrêter de souffrir en est une autre.

Je vois un psychiatre, je ne prend pas les médicaments. Ma famille et mon entourage me soutienne. Mais, ils ne peuvent remplacer mon âme-sœur. Ils ne comprennent pas.

« Tu dois te battre pour ton fils. »

« Il n'a pas choisi cette vie. »

« Si tu pars, il sera orphelin »

« Il a besoin de toi »

« Si tu abandonne, il abandonnera plus tard »

Ma compagne a bien arrêté de vivre. Pourquoi pas moi? Ils seront là, eux, s'ils veulent vivre. Moi je suis fatigué, épuisé, inadapté à cette vie.

Qui-a-t-il de compliqué à comprendre au fait qu'on a plus envie d'avancer, qu'on veut juste s'asseoir sur le coté et attendre la fin. On me traite d’égoïste. Mais, il n'est pas aussi égoïste de vouloir empêcher une personne de mourir pour ne pas affronter ses propres peines?

J'ai d'ailleurs arrêté mon travail. Impossible d'aider les autres. Tout semble futile. Leurs problèmes ne m’intéressent plus et quand il m’intéresseront, ils seront tellement grave que je pleurerai avec eux. Je deviens une épave. Il parait que c'est temporaire.

Je suis actuellement suivi par un psychiatre. Je ne sais pas si c'est ce qu'il faut. Ça aide, un peu...

« Sa maladie »

Pour parler de ma compagne, celle-ci est partie d'un alcoolisme sévère qui a commencé en 2021-2022. Peu après la naissance de son fils. Celle-ci a bu parce qu'elle n'allait pas bien psychologiquement (je pense). Mais, surtout physiquement. Celle-ci souffre d'un syndrome qu'on appelle Syndrome Elhers Danlos. Une maladie des tissus conjonctifs qui donnent des douleurs extrêmes que seul la morphine peut arriver à calmer. De la morphine...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d%27Ehlers-Danlos_type_hypermobile

Elle a choisi l'alcool car elle a vue d'autres sombrer dans les médicaments. Elle pensait avoir le contrôle. Elle ne souhaitait pas prendre les médicaments. Remplacer une drogue par une pire.

Elle me l'a dit en 2022 qu'elle avait besoin d'aide, une aide fournie. Maladroitement. Je ne savais pas quoi faire. Elle s'est renfermée. Cachée. (panique, culpabilisation, urgence psy)

Mais, contrairement à toutes les problèmes d'alcool que j'ai pu rencontré. Jamais elle n'a été méchante, agressive, déplacée. On n'a rien soupçonné. Dieu qu'elle était forte pour enfuir ses problèmes sous un roc de mensonge et de déni.

2023, opération de la vésicule biliaire

2024, cirrhose sévère (avec ascite et ictère), elle me dira que c'était une maladie chronique, une fibrose lié au cytomégalo-Virus et la mononucléose. Quelle naivetée.

Elle garantira ne plus boire, se rendre à ses rendez-vous médicaux, prise de sang négative pour l'alcool, tout va bien. RAS, y a rien à voir. Elle n'allait pas à ses rendez-vous ce qui aura de lourde conséquence à la fin.

J'aurai du contrôler, l'aider, vérifier. J'ai fais confiance. 16 ans de relation, elle ne me mentirai pas. Sa sœur jumelle est là au pire. Elle n'était pas au courant. (Elle avait une relation fusionnelle)

Fin 2025, retour de l'ictère, mars 2026, après des mois de combat contre l'alcool et son déni. Elle acceptera de se faire hospitaliser, trop tard. Le combat a duré 1 mois et demi. En vain.

Le système médical a refusé une greffe venant de sa sœur jumelle. Je me souviendrai de cette réunion avec des médecins arrogants m'expliquant que de toute façon, elle est foutue pour en être arrivée là. La trentaine, aucun espoir de changement. Les études démontrent que... On aurait tous les foies de cochons du monde qu'on ne le ferait pas. Violence... Pas transportable en Turquie malgré l'avion sanitaire prêt et le chirurgien prêt. Les médecins ont refusé. Je ne savais pas qu'on pouvait refuser l'espoir. Elle serait morte dans l'avion.

J'ai demandés des avis à toutes les hôpitaux du pays, chacun m'expliquant la même chose. "On a contacté le chirurgien, on ne fera rien."

On avait le foie, on avait l'argent, rien eu à faire. J'ai tout tenté, je me suis battu à ses coté autant que je puisse, tant qu'un espoir était là. Même à la toute fin, je me disais, demain ça ira mieux. Il n'y a pas eu de demain pour elle.

C'est lorsque j'ai consulté son dossier médical que j'ai compris que le combat était perdu d'avance. Et même là, l'espoir restait. Je ne pouvais l'abandonner tant qu'elle se battait encore.

J'ai prié toutes les forces de l'univers, en vain.

Elle est partie d'un syndrome épatho-rénale avec décompensation pulmonaire. En gros, plus de foie, plus de rein. Plus de rein, c'est la merde. Les poumons ont lâchés. Et malgré un combat de 3 semaines en soins intensif, son corps n'a pas repris.

Aujourd'hui, la culpabilité vient que je me refais le film encore et encore. Elle n'aurait pas du mourir. J'aurai du être là, bien avant.

Je lui ai pardonné ses mensonges, sa trahison. Je l'aime tellement. Je ne peux qu'imaginer les douleurs qui l'ont poussées à faire cela.

La rage vient de ce système médical qui n'a pas cru en sa rédemption là où nous pouvions palier à l'argent, au foie. On aurait été là après le déni. L'absence de suivi post hospi, ils auraient pu nous impliquer. Secret médical. Peut être a-t-elle refusé qu'on soit impliqué? Je n'ai pu lui poser cette question.

J'aurai voulu pouvoir être seule avec elle dans ses derniers instants, toute la famille était là. On ne se montrait jamais beaucoup en publique et je n'ai jamais pu lui dire à cœur ouvert tout l'amour que j'ai pour elle. Elle le savait.

Au plus profond de sa maladie et voyant l'alcoolisme qui prenait le dessus, je lui avait même proposé de partir. Tous les 2, laissant notre fils à la famille. Partir ensemble faire ce voyage. Elle a refusé. Elle voulait vivre bien plus que moi. Je savais que sa mort me détruirait profondément et je redoutais le moment que je vis aujourd'hui.

« Vide »

Et maintenant que la poussière de ce long combat retombe, il ne me reste plus rien. Un fils que j'aime bien moins que sa mère. (je sais que c'est horrible de dire cela. Mais, il ne peut pas remplacer mon moteur qu'était ma compagne, mon envie de rire, mon envie de vivre).

Une maison qui est vide de sa présence. Ma vie tenait dans 5m² la sienne dans tout le reste.

Un cœur meurtri par son absence. Dieu que je la cherche. Je lui parle, je la prie, je maintiens une flamme allumée depuis.

C'est quand on a tout perdu qu'on se rend compte de ce qui était important. Dieu que je m'en veux.

Arpenter la maison la nuit espérant recroiser une bride de sa présence. Un souvenir. Il parait que Dieu peut faire revenir les morts, peut-être qu'elle va rentrer à la maison. Un cimetière indien où l'enterrer, parler à son âme. Si seulement.

Maintenant, je ne sais plus quoi faire. Cela fait 1 semaines, un peu plus, et la douleur s'intensifie chaque jour. Je me suis anesthésié par l'administratif et les jeux-vidéo. Cela n'a duré qu'une semaine. J'ai plus envie.

Je ne sais pas comment combler ce vide.

Je ne sais pas où trouver la force pour avancer.

On me dit de survivre, un jour à la fois. Que la douleur va se transformer, que je pourrai me reconstruire. Et si je ne veux pas me reconstruire?

Pourtant, j'aime mon fils. Pourquoi il n'arrive pas à être mon moteur ? Je n'ai pas la réponse. Il faudra du temps. J'ai peur que s'il lit ces lignes un jour, il le prenne très mal, je comprendrai.

Le suicide, j'y ai réfléchi. J'ai envie de me laisser mourir de soif. A petit feu. Long mais indolore. On est certain de pas se rater. On peut faire marche arrière sans séquelle avant la phase finale et il s'agira donc de tester sa volonté de mourir non?

Je ne sais pas.

Je donnerai tout pour un moment de plus avec elle.

Elle m'a mis échec et mat. Je ne peux pas partir en laissant mon fils. Je ne ferai jamais de mal à mon fils. Je suis obligé de rester sur cette terre à souffrir de son absence. On fini par prier pour tomber malade, sous une bombe, sous un bus. Que l'accident m'emporte. Ce sera plus simple pour mon fils, ma famille. Un suicide, c'est in-envisageable pour eux. Leur tête quand j'ai parlé d'euthanasie. J'ai commencé les démarches. 3 psychiatres a rencontrer et tout tenter avant que ça ne puisse être accepté. Ça ne le sera jamais.

Ce texte est ma bouteille à la mer. Et il ne résume, en aucun cas, la personne formidable qu'elle était. Je crois que ce sera mon dernier objectif. Léguer le peu qu'il me reste à mon fils, le devoir de mémoire de l'amour infini que ma compagne lui portait. Je pourrai parler d'elle jour et nuit.

Je voudrai savoir si elle m'attend quelque part, qu'elle puisse guider mes choix et m'aider à avancer de là où elle est. C'est impossible.

Elle était athée, j'espère qu'elle s'est lourdement trompée. Je veux la revoir.

J'aurai voulu être à sa place. Elle se serait reconstruite. Elle aurait eu la force d'avancer. Elle aurait tout donné pour son fils. Là où seul l'immobilisme est présent chez moi.

« Désespoirs »

Je n'arrive pas à trouver ce moment où je peux accepter de laisser partir celle que j'ai aimé. Je n'arrive pas à trouver une issue à ce deuil. Je cherche depuis quelques jours des écrits, des tableaux, des histoires plus tragiques que la mienne. Ça n'est pas difficile à trouver.

Mais, ce qui m'a le plus marqué. C'est l'île des morts de Bocklin. Cette barque qui s'en va dans un aller sans retour. Sans place pour que je puisse accompagner ma compagne vers cet autre monde. Qu'il soit néant ou lumière. Ce voyage qui ne devrait être effectué seul.

Ce deuil est impossible. Je n'y vois aucune issue. La vie ne vaut plus la peine d'être vécue pour moi. Mon fils a encore la sienne qui j'espère, sera plus heureuse que la mienne.

Il ne me restera que le vide d'elle, le désespoirs de la sauver, de la revoir, de sentir une dernière fois sa chaleur. La culpabilité de n'avoir lutté que quand c'était trop tard, de le lui avoir fait confiance dans son addiction. La rage contre le monde. La futilité de cette existence maintenant que je sais que mon être aimé est à jamais parti. Mon moi profond saigne d'une hémorragie que je ne peux arrêter.

« Écrire pour exister »

Je pense que vous écrire soulage un peu cette douleur. La faire re-vivre un peu. Conserver des écrits pour que mon fils sache, quoi qu'il arrive, la vérité derrière la mort de sa maman. La vérité de l'amour qu'elle lui portait. Et que si elle est morte, ce n'est pas par abandon, c'est parce qu'elle a tellement souffert physiquement qu'elle en a prit les pires décisions. Elle n'a jamais abandonné son fils. Jamais cessé de l'aimer. Jusqu'à son dernier souffle.

Écrire pour exister et transmettre, parler pour exorciser les plus sombres pensées. En attendant que la fatigue me prenne. Qu'est ce que 45 ans peut être au regard de l'éternité? Encore une question qui ne trouvera réponse qu'en la croyance individuelle.

Finalement, au fur et à mesure des lectures et relecture, j'ai pris conscience que je n'ai pas écris cela pour m'aider forcément. Mais, pour crier qu'elle a existé. Je commence à comprendre qu'aucun mots ne pourra soulager cette peine, aucun médicament ne pourra anesthésier le manque. Aucun soutien ne pourra apaiser mes sentiments. Ce deuil me sera surement impossible.

"J'ai mon âme qui se brise
Face au vide éternel
Ton visage au milieu des cieux"
Jenifer - Encore et encore.

Elle adorait cette musique, moi pas particulièrement. Je viens de comprendre le sens de celle-ci. Merci d'avoir existé dans ma vie et j'espère qu'elle me pardonnera si jamais je commets l'irréparable. Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je me fais peur.

Pour rester sur une note d'espoir : "Smile my boy, Sunshine is comming" Robbin Williams.

<Avis>

Il est évident que ce n'est que mon témoignage et que certains me disent que je n'étais pas objectif. D'autre me diront qu'elle ne voudrait pas voir son histoire exposée sur internet. J'entends. Sa sœur ne voudrait pas qu'on la résume à son alcool car elle était tellement plus que ça. Elle vous dirait que c'était la personne la plus gentille, agréable et râleuse à la fois. Toujours prête à se sacrifier pour les autres. Je ne peux que la rejoindre. J'aimais chacun de ses défauts, chacune de ses qualités. J'aimais prendre soin d'elle au fond. C'est son absence qui me fait réaliser tout cela. Trop tard.

Je n'avais jamais vu un église si remplie pour un enterrement... Elle méritait de vivre. Une seconde chance.

u/Bright_Abalone_5507 — 4 days ago