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La terrasse d’une auberge de jeunesse et pas n’importe laquelle : celle la plus concept de la ville. Se trouvent ainsi, assis bien droit à une table en hêtre longue de dix mètres, deux beaux gosses italiens, vestes en cuire brunes, moustaches bien taillées et les sourcils froncés pour signifier que eux ils sont sérieux. J’observe sur leur ordinateurs de nombreux stickers, moyen facile d’exprimer sa personnalité en publique, de dire je suis ceci ou cela. Les leurs m’ont permis de comprendre qu’il s’agissait probablement de fan de design graphique, en tout cas ils avaient les mêmes. Je sais pas si j’assumais d’avoir les mêmes stickers qu’un-e ami-e à moi. C’est un peu comme si j’avais la même personnalité que la personne assis à côté de moi. Bref, encore une façon de performer en public.
Quand les italiens roulent en ville, leur conduite ne change pas, c’est même pire. Si tu ne traverses pas assez vite, ils accélèrent juste pour te mettre un petit coup de pression. Au calme.
Quand les italiens marchent dans les rues de la ville, leurs habits sont noires, bien coupés, des trenchs ou du Dior. Parfois ils mettent du gris et des fois ils se permettent même de mettre des jeans et non le pantalon haute couture que n’importe quel touriste affabulé par la mode milanaise rêverait de mettre.
Une expérience de mode barbante, des codes vestimentaires symptomatiques de l’époque et un goût avéré pour le café cher.
Milan est devenue un reflet du néolibéralisme lattant et fortuné d’Europe centrale : politesse, regard vides et concept store à tout vas. Certains quartiers ont été éviscérés de leurs classe populaire : la Nona deviendra la sirène de Starbuck et la Dolce Vita subsistera à travers un magasin de meubles ultra-design charmant comme la rétine trouble d’un conservateur d’art contemporain.
Gigi Jolly