Que faire de ma vie, si aucun métier n’est faisable pour moi ?
J’ai toujours su ce que je voulais faire de ma vie
Quand j’étais petite, on me demandait souvent : « Tu veux faire quoi quand tu seras grande ? ». J’avais une idée en tête, mais je n’osais jamais l’exprimer ; alors, je disais quelque chose au hasard.
« Journaliste, astronaute, policière… »
Des métiers très intéressants et stimulants. Cela changeait chaque année, alors qu’au fond de moi, je savais pertinemment ce qui m’était destiné. J’ai toujours voulu être chanteuse.
Malheureusement, c’est un destin difficile à atteindre et compliqué à vivre. Alors, quand j’ai enfin osé avouer quel était mon métier de rêve, on me répondait souvent : « Tu n’auras pas d’avenir là-dedans, oublie ce rêve de petite fille, grandis un peu. ». Alors, c’est ce que j’ai fait. J’ai terminé l’école et j’ai décidé de devenir policière, car j’aimais les romans policiers.
Puis est arrivée la deuxième année de lycée, là où tout se joue, car il faut penser aux études universitaires. J’ai décidé d’étudier la psychologie car j’ai étudié la psychologie durant le lycée. Mon métier de rêve ne correspondait à aucune école susceptible de me délivrer un diplôme garantissant une carrière avec un salaire confortable. Pourtant ayant un profil tourné vers la créativité, aimant lire, peindre, dessiner et prendre des photos, le choix qui s’offrait à moi était d’entrer en école d’art.
C’était le choix parfait. C’est un lieu qui réunit études et créativité. Mais j’ai eu peur. Peur d’échouer au concours d’entrée, peur de me lancer dans des études qui ne me mèneraient pas à un travail bien rémunéré, etc. Après de multiples rendez-vous avec une conseillère en orientation, je me suis retrouvée (par mes propres choix) en école d’ingénieurie. J’ai refoulé mon envie de vivre mon rêve en me convainquant que je ferais absolument tout ce que je voulais après l’obtention de mon diplôme. Les parents, les amis et le reste vous laissent tranquille si vous avez l’avenir tout tracé devant vous. Je suis restée dans le déni et j’ai préféré poursuivre des études universitaires, pour la fierté de mes parents et la mienne.
Aujourd’hui, j’ai arrêté temporairement mes études d’ingénieur depuis un an, car j’ai frôlé le burn-out. Je n’en pouvais plus ; ce n’était pas ce que j’étais censée faire, mais ce que je devais faire. C’est une voie que je regretterai toute ma vie, car j’ai sacrifié énormément pour étudier dans cette école. J’ai redoublé, j’ai demandé de l’aide, j’ai déménagé, mais ça n’a rien donné. Ma conscience me dit que je dois continuer, car il ne me reste que deux ans et que je serais fière d’avoir tenu bon dans cet enfer. Mais mon cœur me dit de tout lâcher, de trouver un job alimentaire le temps de dénicher ma vraie voie.
À l’aube de mes 25 ans, je n’ai rien. Tout mon entourage a la joie d’obtenir un Bachelor, un Master, voire un Doctorat, et moi rien, parce que j’ai eu la trouille de faire ce que je voulais vraiment faire.
Mais je sais ce que je veux. Je l’ai toujours su. Je ne suis pas perdue, ni en détresse, bien au contraire. Je me connais. Mais j’ai trop peur d’échouer, de ne pas être à la hauteur et de finir à la rue.
Alors, je dois m’adapter à ce monde, je dois me fondre dans la masse, faire semblant de vouloir travailler dans un bureau alors que je rêverais de travailler en studio. Je dois partir en quête d’une formation pas trop dure pour éviter tout burn-out ou abandon. Alors je cherche, je postule, je me renseigne, je demande à des amis ce que je pourrais faire. L’école d’art revient. Évidemment. Malheureusement, l’argent ne revient plus. J’ai changé de formation, j’ai redoublé, alors la bourse ne m’aidera pas.
Ça me fait réfléchir. Je me dis : « Merde, tu n’es pas faite pour ce monde. La vie est comme ça, tu dois travailler dur et abandonner tes rêves pour éviter le mode survie. ». Je hais la société dans laquelle nous vivons. Une société dans laquelle on subit l’oppression et le capitalisme pour le bonheur de riches héritiers blancs. Je dois donner 42,5 heures de ma vie par semaine à mon travail et je suis récompensée de seulement 5 semaines de vacances par an. Lorsque je dénonce cette arnaque, on me traite de feignante et de privilégiée.
Je galère à joindre les deux bouts, car je ne suis pas apte à bénéficier de l’aide sociale. Je ne suis pas capable de tenir un 100 % sans que cela me tue physiquement et mentalement. Je risque donc de ne pas obtenir de Bachelor et de ne pas réaliser mon rêve.
Alors que faire dans cette situation sans frôler la précarité et le burn out ?
Merci d’avoir lu.