L’entretien que j’ai passé l’autre jour
C’est très personnel pour le coup mais j’ai besoin de cracher mon venin...
Je vous explique : j’ai passé cette semaine un entretien d’entrée dans une (excellente) école de cinéma (pour devenir élève). C’est le directeur lui-même qui m’a fait passer l’entretien.
Avant ça j’ai fait une licence de psycho (rien à voir) puis je me suis réorientée et j’ai fait un master de jeu-vidéo/narration/audiovisuel puisque je suis une artiste/auteure autodidacte. C’était un master public qui laissait vraiment à désirer, même si je m’y suis beaucoup plu.
Je candidate donc à cette école et on a le droit de fournir une lettre de motivation dans le format de notre choix (vidéo, magazine...), alors je fais un petit magazine pour pouvoir montrer ma créativité, et avoir l’occasion de parler plus librement de moi, de mon parcours et de mon projet professionnel. Elle dit tout et j’en suis super fière.
Je vais passer l’entretien. Le directeur s’occupe de moi. Je l’avais croisé aux journées portes ouvertes et il avait l’air cool.
Et là bordel j’ai l’impression de passer un mélange entre le bac de français et une audience en tribunal. Au lieu de pouvoir me montrer motivée et passionée, j’ai l’impression de devoir le convaincre que je me fous pas de sa gueule. Il n’a pas lu ma lettre de motivation, et je dois répéter 200 fois tout ce que je dis.
Entre autres il me demande si j’ai pas plutôt envie de continuer la vie "plaisante et sans responsabilités" d’étudiante. Je me retiens de lui rire au nez parce qu’être étudiant en ce moment c’est pas la joie et que non, je ne compte pas faire trois ans de cinéma à 10 mille balles l’année pour le fun.
Il arrête pas de me demander pourquoi je veux continuer mes études alors que j’ai déjà un master. Et comme je l’ai dit dans ma lettre de motivation, j’essaie désespérément de lui faire comprendre que les cours du master étaient assez superficiels et que j’ai 0 expérience et pratique, seulement des notions théoriques (certes très utiles mais c’est pas assez).
Et au contraire il me demande aussi comment ça se fait qu’ils m’aient acceptée en master (donc 2 années ça fait toute la différence?).
Par moments il a l’air de s’ennuyer. À d’autres moments il relève un point/argument important que j’ai déjà évoqué (du genre "c’était qu’un master public, ce n’est pas une formation très personnalisée" justement) et je me retiens de lui dire "oui, c’est exactement ce que je t’ai dit frérot".
Par moments il me demande mon avis et avant que j’aie fini il me dit des trucs du genre "moi je trouve pas" (par exemple quand je dis que j’aime le format des séries parce qu’on a le temps de développer davantage les personnages, de s’attacher à eux, d’avoir plusieurs enjeux et sous-intrigues etc, c’est pas un reproche envers les longs et courts métrages c’est juste factuel).
Pour la 2e partie de l’entretien je dois analyser une scène : le début du film "délivrance". Je l’ai vu à 17 ans et il est choqué que je l’aie vu aussi jeune. Il veut des cinéphiles ou des âmes sensibles, je comprends pas ?
Je fais une analyse avec ce que j’ai : on a une situation initiale tout ce qu’il y a de plus classique, bien ficelée et complète, assez rapide ; dès le début du film et pour toute sa durée on est dans le même décor (la forêt), ce qui renforce l’expérience avec cette sorte de huit clos ; et d’autres analyses plus poussées. Moi, faut savoir que je fais partie des gens qui analysent mais qui ne tirent pas d’interprétation (à moins qu’elles soient évidentes) par risque d’être abusive. Du genre de "l’auteur à voulu dire que". Je me méfie de ça, donc je décortique tout ce que je trouve intéressant mais je ne trouve pas de métaphores ni rien.
C’est là que j’ai l’impression d’être au bac de français. C’est vraiment la même chose. Au lieu d’écouter et de se contenter de savoir ce que moi je remarque et trouve intéressant, il me pousse encore et encore vers certaines réponses, qui sont toutes des interprétations assez tirées par les cheveux qu’il veut absolument entendre. Je dis pas qu’il a tort, juste il ne veut rien entendre d’autre. Parmi elles, l’idée que "la nature reprend toujours ses droits" et "l’explosion au début ressemble à un champignon nucléaire et fait référence à la guerre froide" (c’est tout à fait possible mais pour le coup elle ne ressemble aucunement à un champignon, c’est vraiment juste un nuage de poussière).
Vraiment j’ai rien contre ses interprétations, et il est plus calé sur le sujet que moi alors il se peut que tout ce qu’il ait dit soit complètement vrai. Le truc c’est qu’il se moquait carrément de ce que je relevais moi. Je suis passée de l’occasion de décortiquer une scène d’un film que j’aime à un contrôle de connaissances en QCM. Cerise sur le gâteau je remarque plusieurs éléments dans la première scène qui font référence à la suite du film, mais il refuse que j’en parle parce que je dois analyser la scène comme si j’avais pas vu le film (or, toutes les analyses qu’il a faites lui sont à la lumière du reste du film). Ç’aurait pourtant été vachement intéressant.
Bref, j’avais juste besoin de râler. En plus il n’était pas activement malpoli ni rien, juste il se montrait tellement supérieur, on aurait dit qu’il voulait m’impressionner ; il écoutait pas ce que je disais et par moments il avait vraiment l’air de se faire chier ou donnait l’impression que je lui déplaîsais. Et j’avais pas l’impression de devoir être convainquante et intéressante mais juste de devoir me défendre. Je sais, c’est un entretien, c’est le genre de trucs qui se passe mal ou est désagréable dans la moitié des cas, mais je l’ai en travers!
Voilà, c’était un pur besoin de râler et ça va nettement mieux!